Formulation & Sécurité
Traiter l'air, pas la peauLa couche ambiante
Révisé par Quentin Olagne, aromatologue certifié (NAHA) • 31 août 2026
Partie 3 de la série moustiques d'Aroma Compass, et la plus courte, délibérément. L'article 2 s'arrête sur deux situations qu'aucun mélange cutané ne referme. Celui-ci les traite.
La version courte
- Un espace traité n'est pas un bouclier. La concentration décroît avec la distance : c'est une baisse de pression locale, pas une frontière.
- L'enfermement compte plus que l'huile. Une même citronnelle passe de 22 % dehors à 68 % dans une pièce fermée.
- Le diffuseur bat la bougie, largement. Le géraniol plafonne à 50 % en bougie et atteint 97 % en diffusion continue.
- Sur les essais de bougies en extérieur, une bougie sans citronnelle a produit plus de la moitié de l'effet mesuré.
- Pour la nuit, fenêtre ouverte, cette couche ne fonctionne pas non plus. La réponse est une moustiquaire, et c'est la protection la mieux étayée de toute cette série.

Section 1 sur 6
Ce que cet article referme
L'article 2 fait passer deux foyers à travers son cadre de décision et laisse deux situations sans réponse : Hugo endormi, fenêtre entrouverte, et Delphine endormie avec son enfant, fenêtres ouvertes. Dans les deux cas le verdict est le même, et il est insatisfaisant : la couche frontière ne suffit pas, quelle que soit la composition choisie.
Il laisse aussi une intuition explicitement signalée et non corrigée : celle qu'un espace traité fonctionne comme un bouclier. Les deux points relèvent de la même couche, celle que cet article traite : l'air, plutôt que la peau.
Section 2 sur 6
Le bouclier n'existe pas
Un répulsif topique agit sur une surface. Un traitement ambiant agit sur un volume : il élève la concentration d'une molécule volatile dans l'air d'un espace, assez pour perturber la recherche d'hôte. Ce sont deux mécanismes différents, et ils ne se dégradent pas de la même façon.
Une surface a une frontière. Un volume n'en a pas. La concentration efficace décroît avec la distance à la source, et elle décroît d'autant plus vite que l'air se renouvelle. Une personne assise en bout de table ne se trouve donc pas juste à l'extérieur d'un bouclier : elle est dans la même zone traitée que les autres, simplement à une concentration plus basse, avec un effet proportionnellement plus faible.
La conséquence pratique est contre-intuitive et vaut d'être retenue : la variable dominante n'est pas l'huile, c'est le volume d'air et sa capacité à rester en place. Les chiffres de la section suivante ne disent pas autre chose.
Formulation personnalisée
Le cadre est général ; votre situation ne l'est pas. Une consultation l'adapte à vous.
Section 3 sur 6
Ce que montrent les essais
L'article 2 signale que les données les plus solides sur le géraniol viennent d'essais de diffuseurs ambiants, et qu'elles ne disent rien de son comportement sur la peau. C'est ici qu'elles deviennent pertinentes : cette couche est la question à laquelle elles répondaient.
Müller et al. (2009) ont mesuré les mêmes molécules dans deux dispositifs et deux environnements. Les écarts sont plus instructifs que les valeurs :
| Molécule | Bougie, intérieur | Diffuseur, intérieur | Diffuseur, extérieur à 6 m |
|---|---|---|---|
| Citronnelle | 14 % | 68 % | 22 % |
| Linalol | non testé | 93 % | 58 % |
| Géraniol | 50 % | 97 % | 75 % |
Deux lectures structurelles. D'abord, le dispositif pèse plus lourd que la molécule : la citronnelle passe de 14 % à 68 % sans changer d'huile, simplement en passant de la bougie à la diffusion continue. C'est un écart plus grand que celui entre citronnelle et géraniol à dispositif égal. Ensuite, l'enfermement pèse plus lourd que les deux : la même diffusion perd les deux tiers de son effet en passant d'une pièce à une terrasse.
Une dernière lecture, plus pratique : cette ligne s'achète. Le géraniol est une molécule, mais l'huile qui en porte le plus est le géranium rosat, à environ 26 % de géraniol accompagnés de 40 % de citronellol, soit les deux composés que la littérature répulsive documente le mieux réunis dans un seul flacon. C'est ce qui le place, avec la citronnelle, parmi les huiles entières les plus constamment actives en essai comparatif.
Le détail qui devrait changer votre avis sur les bougiesLindsay & Surgeoner (1996), essai de terrain, Ontario
Cet essai a compté les piqûres reçues en cinq minutes à quatre positions. La quatrième, une bougie ordinaire sans un gramme de citronnelle, est celle qui rend le résultat lisible.
| Position | Citronnelle | Piqûres en 5 min | Piqûres évitées |
|---|---|---|---|
| Bougie à la citronnelle | 3 % | 6,2 | 4,6 |
| Encens à la citronnelle | 5 % | 8,2 | 2,6 |
| Bougie ordinaire | aucune | 8,2 | 2,6 |
| Rien du tout | aucune | 10,8 | référence |
Regardez la dernière colonne. Une bougie ordinaire, sans un gramme de citronnelle, évite déjà 2,6 piqûres. La bougie à la citronnelle en évite 4,6. Autrement dit, sur les 4,6 piqûres qu'elle épargne, la flamme seule en explique 2,6, et la citronnelle les 2,0 restantes : un peu moins de la moitié. Ce qu'une bougie fait à un moustique ne dépend pas seulement de ce qu'on y a mis.
Le second résultat est plus net encore. L'encens contient 5 % de citronnelle, soit davantage que les 3 % de la bougie, et il évite exactement le même nombre de piqûres qu'une bougie qui n'en contient pas du tout : 2,6. Sa citronnelle n'a rien acheté de mesurable.
D'autres essais de terrain sur des bougies commerciales à la citronnelle n'ont mesuré aucune répulsivité exploitable. Et un travail récent sur sept bougies du commerce à base d'huiles essentielles (Lopez et al., 2026) a trouvé des réductions de 40 à 56 % pour trois d'entre elles et un effet négligeable pour trois autres. La conclusion honnête est que « bougie aux huiles essentielles » ne décrit pas un niveau de performance, et que l'étiquette ne permet pas de savoir dans quel groupe on se trouve.
Section 4 sur 6
Trois situations, trois réponses
L'axe E de l'article 2 demandait où intervenir. Voici ce que cette couche répond, dans les trois configurations qui couvrent l'essentiel des cas.
Terrasse, dîner, en extérieur
C'est la configuration la plus demandée et la moins favorable. À 6 mètres d'une source, la répulsion mesurée va de 22 % pour la citronnelle à 75 % pour le géraniol, et ces chiffres se dégradent encore avec le vent. La diffusion continue vaut mieux que la bougie, et la proximité vaut mieux que la puissance : rapprocher la source de la table change davantage le résultat que changer d'huile. La couche frontière de chaque personne reste l'intervention principale ; l'ambiant réduit la pression d'ensemble.
Verdict
Un appoint réel, pas une solution
Pièce fermée, en soirée
C'est de là que viennent les chiffres les plus élevés, et c'est cohérent : le volume est borné et l'air reste en place. En pratique, une diffusion de 20 à 30 minutes avant d'occuper la pièce, plutôt qu'un fonctionnement continu, correspond à la fois aux conditions des essais et aux recommandations générales d'usage d'un diffuseur.
Verdict
Le terrain d'origine de ces données
La nuit, fenêtre ouverte, on dort
C'est le scénario que l'article 2 laisse ouvert, et la réponse n'est pas celle qu'on attend d'une série sur les huiles essentielles. Elle occupe la section suivante.
Verdict
Cette couche ne répond pas non plus
Section 5 sur 6
La nuit : la réponse n'est pas chimique
Trois raisons indépendantes excluent la couche ambiante du scénario nocturne, et aucune ne se corrige par un meilleur mélange.
Une fenêtre ouverte n'est pas un volume clos.Tous les chiffres élevés de la section 3 viennent de pièces qui retiennent leur air. Une fenêtre entrouverte est exactement la condition qui supprime la variable dont l'effet dépend. La diffusion continue nocturne n'est pas une pratique recommandéeen elle-même, indépendamment des moustiques : la règle d'usage courante reste 20 à 30 minutes dans une pièce ventilée. Un appareil qui ne doit pas fonctionner huit heures ne peut pas couvrir une exposition de huit heures. Enfin, personne n'est éveillé pour ajuster quoi que ce soit, ce qui est précisément la contrainte que l'axe D de l'article 2 mesurait.
La réponse à ce scénario est physique : une moustiquaire au lit, ou une moustiquaire à la fenêtre. Elle ne porte aucun plafond de dilution, aucune charge de réapplication, aucun risque de sensibilisation et aucune restriction de population. Elle fonctionne toute la nuit, elle fonctionne pour un enfant, et dans l'ensemble de cette série c'est la protection dont la base de preuves est la plus solide.
Terminer trois articles de chimie aromatique sur « posez une moustiquaire » est un peu décevant, et c'est exactement pour cela qu'il faut le dire. Un cadre qui ne peut jamais conclure que la bonne réponse est extérieure à son sujet n'est pas un cadre, c'est un argumentaire.
Section 6 sur 6
Le plafond de cette couche
Comme pour la peau, il existe une référence réglementée au-dessus de la diffusion aromatique. Les diffuseurs insecticides à brancher, les serpentins et les plaquettes reposent sur des pyréthrinoïdes et sont des produits biocides : ils portent un numéro d'autorisation et des revendications examinées. Une diffusion d'huiles essentielles n'est pas dans cette catégorie et ne porte pas ces revendications. La combustion, par ailleurs, a son propre coût : faire brûler un serpentin dans une pièce fermée introduit une exposition aux particules qui n'a rien à voir avec les moustiques.
Dans les zones où une maladie transmise par les moustiques est un risque réel, ni cette couche ni la précédente ne sont le sujet : les recommandations des autorités sanitaires le sont.
Fin de la série
Où cela laisse la série
Quatre textes, deux couches d'intervention et une étude de cas. Le mécanisme et les preuves, l'huile de neem comme cas particulier, la peau, puis l'air. Ce que la série ne traite pas : ce qui se passe après une piqûre, qui relève d'une autre partie du système.
Ce qu'elle établit tient en une phrase. Chaque couche a des outils réels, des limites dures, et un point précis où la bonne décision est de regarder ailleurs, y compris en dehors de l'aromathérapie.
Cet article décrit une logique d'intervention, pas une guidance personnalisée, et ne constitue pas un avis médical. Dans les zones à risque de maladie transmise par les moustiques, suivez les recommandations des autorités sanitaires.
Un cadre pour les répulsifs, une formule pour vous
Cet article donne un cadre de décision et des limites de sécurité générales, mais votre peau, votre âge et votre exposition réelle changent ce qui a du sens à utiliser. Une consultation applique ce même cadre à votre situation précise, humaine celle-ci.
À lire ensuite
Sources sélectionnées▾Toutes les études ci-dessous ont été lues intégralement pour la rédaction de cet article. Chaque affirmation chiffrée du texte renvoie à l'une d'elles.
[1] Journal of Vector Ecology
Efficacy of the botanical repellents geraniol, linalool, and citronella against mosquitoes
Müller, G.C. et al. (2009)
La source du tableau de la section 3 : bougie contre diffuseur, intérieur contre extérieur à 6 m.
[2] Journal of the American Mosquito Control Association
Indoor protection against mosquito and sand fly bites: a comparison between citronella, linalool, and geraniol candles
Müller, G.C. et al. (2008)
Essai de pose sur hôte en intérieur : citronnelle 29,0 %, linalol 71,1 %, géraniol 85,4 % à 5 %.
[3] Journal of the American Mosquito Control Association
Evaluation of the efficacy of 3% citronella candles and 5% citronella incense for protection against field populations of Aedes mosquitoes
Lindsay, L.R. & Surgeoner, G.A. (1996)
L'essai avec le bras « bougie ordinaire », celui qui rend le résultat interprétable.
[4] Frontiers in Insect Science
The efficacy of commercially available essential oil-based candles as spatial repellents against Aedes aegypti mosquitoes: do they actually repel?
Lopez, A.D. et al. (2026)
Sept bougies du commerce, trois efficaces à 40-56 %, trois sans effet notable.
[5] Journal of Insect Science
Efficacy of some wearable devices compared with spray-on insect repellents for the yellow fever mosquito
Rodriguez, S.D. et al. (2017)
Aucun effet mesurable pour la bougie à la citronnelle testée.
[6] Malaria Journal
Plant-based insect repellents: a review of their efficacy, development and testing
Maia, M.F. & Moore, S.J. (2011)